M. Aphatie : le plus grand mensonge est son statut de journaliste.

Publié le 19 Juillet 2013

apathieIl est clair que s'il suffisait de lire 'Le Monde' toute la journée pour en faire un commentaire le soir en donnant, bien entendu, son opinion personnelle, la France compterait de nombreux 'journalistes' !

Le plus grand mensonge de l'affaire Cahuzac c'est de dire que Jean Michel Aphatie est un journaliste !

On parle de journalisme 'assis'. En fait, le journalisme 'assis' n'en est pas un. Le journalisme c'est la recherche de la vérité, l'investigation et les enquêtes. Rester assis sur une chaise en lisant son canard favori ne devrait pas autoriser son auteur à obtenir sa carte de presse. Nous vivons dans un pays qui a une drôle notion en matière journalistique...

On devrait donc retirer sa carte à M. Aphatie car il ne la mérite, tout simplement, pas.

Un article du journal 'Le Monde' daté du 18 Avril 2013

******************

Jean-Michel Aphatie, l'épreuve irréfutable
M le magazine du Monde | 18.04.2013 à 17h37 • Mis à jour le 21.04.2013 à 09h17
Par Daniel Psenny et Pierre Jaxel

A 21 ans, jeune homme sans boussole et sans diplômes, Jean-Michel Aphatie a fait le garçon de café à Lourdes, où il a servi une saison durant une procession de pèlerins. Il n'a pourtant pas développé le moindre goût pour l'art catholique du mea culpa. L'intervieweur et chroniqueur vedette de RTL et de Canal+ se révèle même aujourd'hui du genre impénitent. Et fier de l'être...

Panache ou arrogance ? Voilà quinze jours que ses oreilles sifflent, qu'il affronte quolibets sur les réseaux sociaux et moqueries des confrères. Mais il n'en démord pas. Oui, veut-il bien admettre, "Edwy Plenel avait raison". Jérôme Cahuzac, comme le disait Mediapart depuis décembre, était bien coupable d'avoir caché un compte en Suisse. Mais, non, ne comptez pas sur lui pour convenir qu'il avait tort. "On nous demandait de croire l'histoire sur parole. Où étaient les preuves ? C'est trop facile !", enrage-t-il, fidèle à sa ligne. Plus saint Thomas que jamais.

L'histoire de Jean-Michel Aphatie, 54 ans, est celle d'une "victime collatérale", sur le champ de bataille médiatique, du scandale Cahuzac qui dynamite la politique française depuis le début du mois d'avril. Une histoire anecdotique mais si révélatrice des grands débats et des petites haines qui agitent le théâtre du journalisme parisien. Tout a commencé voilà quatre mois, en décembre 2012.

Dès les premières révélations de Mediapart sur le ministre du budget, Jean-Michel Aphatie dénonce le manque de sérieux de l'enquête, sans faire de demi-mesure. "Des preuves ! Montrez-nous les preuves !", demande-t-il sur tous les tons à l'antenne, sur son blog et sur Twitter, au directeur de Mediapart, Edwy Plenel, et au rédacteur des articles, Fabrice Arfi. La joute entre les trois hommes, à coup de phrases et de minimessages incendiaires, devient rapidement prisée des amateurs de polémiques.

Jean-Michel Aphatie s'est-il laissé emporter par ses convictions ? Certains le pensent. "Lors de la nomination du gouvernement, il disait que c'étaient tous des brêles, sauf Cahuzac", se souvient un collègue. L'intéressé s'en défend. Il assure n'avoir mené sa croisade qu'au nom d'une certaine éthique du journalisme, où l'on ne cloue pas quelqu'un au pilori "sans biscuit". Las, si son discours pouvait s'entendre avant le 2 avril - une majorité de journalistes pensaient comme lui, car des affaires "révélées" par Edwy Plenel avaient déjà fait "pschitt" -, il est devenu subitement inaudible. Lorsque Jérôme Cahuzac est passé à confesse, les "allégations" sont devenues une réalité indiscutable et le plus gros scandale politique du début de quinquennat de François Hollande. Fâcheux, pour celui qui a envoyé près de 80 tweets, selon le décompte de l'observatoire des médias Acrimed, pour ironiser pendant des semaines sur la légèreté de ses confrères. Le retour de bâton ne s'est pas fait attendre : "Je n'en ai jamais pris autant plein la tronche", admet Jean-Michel Aphatie.

LES PREUVES

"Des preuuuuves, je veux des preuuuuves !", l'a imité d'une petite voix chevrotante mais implacable l'humoriste Sophia Aram, sur France Inter, au lendemain matin des aveux. Le soir, "Les Guignols de l'info", dans "Le Grand Journal", ont rétrogradé sa marionnette à l'accent chantant à la présentation de la météo. "Ils ne savaient pas comment l'utiliser, ils ont trouvé", constate Jean-Michel Aphatie. Depuis, ils ne le lâchent pas... Les téléspectateurs n'en ont rien su mais, au bout de quelques jours, le 8 avril, le chroniqueur a quitté le plateau au milieu des "Guignols", excédé d'être ainsi ridiculisé. Dès le 3 avril, Eva Joly l'a attaqué bille en tête, l'interpellant d'un : "Vous, monsieur Aphatie, qui avez hurlé avec les loups, qui avez mis votre plume de chroniqueur au service des puissants !" Dur. Le lendemain, Florian Philippot, le vice-président du Front national, en a remis une louche, lui faisant remarquer qu'il n'était "pas le mieux placé" pour évoquer l'affaire Cahuzac.

A l'inverse de sa marionnette, le journaliste n'a pas été sanctionné. "Il a, à juste titre, remis en cause les méthodes de Mediapart et sa conception du journalisme en posant les bonnes questions, mais il n'a jamais défendu Jérôme Cahuzac", juge Jacques Esnous, directeur de la rédaction de RTL. "Je ne lui en veux pas d'avoir pris position, même s'il s'est trompé. C'est son travail d'éditorialiste", assure Renaud Le Van Kim, coproducteur du "Grand Journal". Mais sur les réseaux sociaux, Jean-Michel Aphatie est devenu le symbole conspué d'un journalisme "assis", au mieux inoffensif et inutile, au pire complice des pouvoirs. "Il fait du journalisme de bureau peopolisé par Canal+", résume un confrère tenant de cette ligne.

Quelques jours plus tard, dans le bar d'un discret hôtel du huitième arrondissement de Paris, Jean-Michel Aphatie n'hésite pas à élargir le débat. Ce qu'il voit de l'évolution du journalisme, explique-t-il, ne lui plaît guère. Et c'est, au fond, ce qui motive son combat. "La fin ne justifie pas les moyens", résume-t-il toujours persuadé que l'équipe de Mediapart, au départ, n'avait pas de "preuves". "La preuve, ce n'est pas un mot de journaliste, c'est un mot judiciaire, un mot de procureur", lui avait rétorqué Edwy Plenel en janvier. Mais Jean-Michel Aphatie s'accroche : "C'est fascinant. Regardez WikiLeaks. Tout le monde dit que c'est un travail merveilleux. Personne ne dit que c'est du vol de données informatiques ! Après, que va-t-on faire ? Cambrioler des maisons au nom de la vérité ? Tuer pour arracher des secrets ?" Il poursuit, intarissable : "Lorsqu'une équipe de télévision va chez la soeur de Mohamed Merah avec des micros dissimulés et lui fait dire qu'elle est antisémite, c'est des méthodes de policiers !" Avec celles de Jean-Michel Aphatie, riposte-t-on à Mediapart dans un dialogue de sourds, nul risque de soulever le couvercle des secrets de la cocotte-minute républicaine. Et adieu Rainbow Warrior, Irlandais de Vincennes ou Watergate...

Pourquoi tant d'acrimonie ? Le glabre Aphatie et le moustachu Plenel se connaissent depuis longtemps. En 1998 et 1999, pendant un peu moins d'un an, le premier travailla sous les ordres du second, qui dirigeait la rédaction du Monde. Jean-Michel Aphatie assure qu'il a eu "beaucoup de bonheur" à travailler avec un "aiguilleur talentueux, doté d'un vrai sens de l'actualité". Dans son livre autobiographique Liberté, égalité, réalité (Stock, 2006), il louait déjà ses qualités. Mais il tempérait son jugement de quelques anecdotes qui illustraient deux manières opposées d'appréhender le métier. Il écrit ainsi qu'Edwy Plenel, victime de son "emballement" dans l'affaire des paillotes brûlées en Corse par des gendarmes, où il voulait voir le bras de Lionel Jospin, "avait livré dans son édito la thèse qu'aucun de ses journalistes ne parvenait à valider dans les articles du Monde". Dans son ouvrage, Jean-Michel Aphatie donne sa conception du parcours professionnel réussi d'un journaliste : finir éditorialiste. Cela ne va pas de soi, faisons-nous remarquer. "C'est vrai. Mais, personnellement, j'ai compris avec le temps que je préférais ramener ma fraise qu'enquêter."

RASTIGNAC MODERNE

Avant de "ramener sa fraise" à l'antenne, Jean-Michel Aphatie a eu un parcours atypique. Il fut un adolescent dilettante, fils d'épiciers, qui arrêta ses études à 14 ans, BEPC en poche – obtenu au repêchage. Inquiétant ses parents, il développa un début d'ulcère à 18 ans. Il vendit des voitures, d'abord au noir. Et s'essaya donc à faire le garçon de café, dans la torpeur estivale de Lourdes, même si sa mère pensait ce métier "trop dur" pour lui. C'est, raconte-t-il, l'élection de François Mitterrand, en 1981, qui a agi comme une révélation, bien qu'il n'ait pas voté. Il prend conscience, d'un coup, qu'il est possible de vivre l'histoire. Il adhère au Parti socialiste, où il reste quatre ans, se sentant rapidement plus proche du goût pour l'orthodoxie budgétaire des rocardiens que des plus révolutionnaires de ses camarades. A 22 ans, il reprend aussi le chemin des études, pour compléter son bagage intellectuel, fait de lectures accumulées en désordre. Il passe son baccalauréat et étudie quatre années à la faculté de Pau, où il milite autant qu'il travaille. Jeune barbu de gauche, il comprend pourtant à cette époque que le "grand soir" n'est pas son affaire.

Ce qu'il aime, c'est l'analyse et l'électricité des débats. Après avoir obtenu une maîtrise de droit public, il décide d'entrer à l'IUT de journalisme de Bordeaux. Une année qu'il finance en revendant sa Renault 5. Puis, en 1986, il "monte" à Paris, avec une idée désormais bien ancrée : devenir journaliste politique. Dans la capitale, il débute par quelques piges, puis se pose à Politis, hebdomadaire lancé par Bernard Langlois, Michel Naudy, Jean-Paul Besset et Bernard Galland, tous bien plus à gauche que lui. Il y fait ses armes, s'en va deux ans plus tard. "J'ai vécu trois dépôts de bilan. Ça suffisait...", raconte-t-il. Il commence ensuite une vie de nomade des rédactions. Libération, Le Journal du dimanche, Le Parisien, L'Express. Et Le Monde, enfin. Ses ex-collègues se souviennent d'un gars plutôt "sympa", "bosseur", "méticuleux", même s'il pouvait être parfois "têtu" et toujours "ambitieux".

C'est à cette époque de migrations qu'il dit avoir vécu son "pire souvenir" professionnel. Une blessure d'ego. En mai 1991, il part du jour au lendemain de Libération, après avoir appris que son contrat ne serait pas renouvelé. En 1999, c'est Le Monde, Edwy Plenel et la presse écrite qu'il quitte pour s'installer à la radio, qui devient sa passion. D'abord sur France Inter, puis sur RTL, qui lui confie les rênes de l'interview du matin, en 2004. Deux ans plus tard, Canal+ le choisit pour incarner la politique au "Grand Journal". Il peaufine son style pétulant, éruptif et développe son antienne, qui ne cesse d'irriter à gauche : la nécessité de lutter contre les déficits et la dette.

De la province à la capitale, du cancre à la star des plateaux, du socialiste au chantre de la "pensée unique", il est facile d'écrire son histoire à la manière d'un Rastignac moderne qui aurait oublié de lester ses valises de convictions. Ça l'irrite. "On ne cesse de râler contre la reproduction des élites. Ma mère a fait des ménages, a grandi dans une maison dont les sols étaient en terre battue. Mon père a commencé dans une ferme. Le génie français m'a permis d'être ce que je suis. Ça suscite de la jalousie et des critiques, c'est minable", balaie-t-il. Et "l'analyste" revient au pas de charge, pour asséner : "C'est la crise qui crée l'envie et les envieux."

COMPÉTITION

Cela fait belle lurette que ses chroniques tranchées, ses avis présentés comme des vérités et son côté "cumulard" des médias suscitent l'agacement. L'affaire Cahuzac offre une fenêtre de tir à ses détracteurs. "C'est un type d'une arrogance incroyable. Il pense être les médias à lui tout seul, ne supporte aucune critique. C'est un excellent intervieweur mais un mauvais chroniqueur, qui mouline deux idées obsessionnelles, le déficit et la dette, alors qu'il nous fait le coup de l'objectivité incarnée !", l'éreinte l'éditorialiste Jean-François Kahn, qui n'a pas attendu ce dernier épisode pour monter au créneau. "Il est toujours bienveillant avec ceux qui l'emploient mais ne se prive pas d'attaquer la concurrence. C'est un mercenaire de l'info qui fait payer cher sa parole", ajoute Daniel Schneidermann, fondateur d'"Arrêt sur images", autre contempteur parmi les plus assidus.

Sur Twitter, Jean-Michel Aphatie répond aux critiques par l'ironie : "J'ai les bœufs carottes [la police des polices] qui me suivent." Jean-François Kahn refuse pourtant, cette fois, de l'accabler : "Je trouve le déchaînement contre lui injuste. Sa position, lorsqu'il demandait des preuves, n'était pas scandaleuse, même si je n'étais pas d'accord avec lui. On a le droit de débattre." Jean-Paul Besset, ancien de Politis et du Monde, devenu député européen écologiste, se montre indulgent pour son ex-confrère et son tempérament emporté : "Il est dans l'excès de la passion, avec ses colères homériques. Il ne supporte pas le mensonge et les postures et, aujourd'hui, il reste fidèle à lui-même. Il persévère dans l'erreur, avec passion. C'est un bagarreur."

L'intéressé confesse qu'il goûte peu l'introspection, à l'inverse de la compétition. "J'aime le combat. Je suis lancé dans la course jusqu'au jour où ça s'arrêtera", dit-il, en tapant sur son cœur. Dans sa loge du "Grand Journal", nous lui demandons si, à l'instar de la bimbo siliconée de la téléralité Nabilla, invitée de l'émission de Canal+ ce soir-là, qui a déposé sa formule culte "Non mais allô, quoi...", il envisage de créer une marque pour protéger les droits de son fameux : "Des preuuuuves !" "Ah, ça, ce n'est pas Plenel qui le ferait", se marre-t-il. Incorrigible.

Daniel Psenny et Pierre Jaxel

Rédigé par Philippe NOVIANT

Publié dans #Informations

Repost0
Commenter cet article